Le serpent symbole, significations et mythologies

Un serpent au regard aussi expressif qu'amical

Le serpent n’a pas une signification unique. Selon les cultures et les époques, il peut représenter la protection, la guérison, le danger, la transformation ou encore les forces qui menacent l’ordre du monde.

En Égypte ancienne, le cobra dressé protège le souverain. Dans la Grèce antique, un serpent accompagne Asclépios, dieu de la médecine. Dans la Genèse, il pousse Ève à transgresser l’interdit divin, tandis que dans un autre récit biblique un serpent de bronze devient au contraire un moyen de guérison. En Inde, les Nāga sont liés notamment à l’eau et au monde souterrain. Dans la mythologie nordique, Jörmungandr est assez gigantesque pour encercler le monde.

Autrement dit, il n’existe pas un « symbole du serpent » universel auquel toutes les civilisations auraient donné le même sens. Pour comprendre ce qu’un serpent représente, il faut regarder où, quand et par qui il est représenté.

Que symbolise le serpent ?

La symbolique du serpent est souvent associée aujourd’hui à la transformation, au renouvellement, à la guérison, au danger ou à la connaissance. Ces rapprochements ne sortent pas de nulle part, mais ils ne sont pas davantage valables partout et à toutes les époques.

La mue, par exemple, donne l’impression qu’un serpent abandonne une ancienne enveloppe pour en porter une nouvelle. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi cette particularité biologique a pu nourrir des images de renouvellement ou de régénération. À l’inverse, certaines espèces peuvent tuer par leur venin et beaucoup de serpents vivent cachés dans des terriers, des anfractuosités ou à proximité de l’eau. Le même animal peut donc devenir protecteur, guérisseur, dangereux ou inquiétant selon le contexte.

C’est précisément cette ambivalence qui rend le serpent aussi intéressant. Il refuse assez obstinément de rentrer dans une seule case.

En Égypte ancienne : le cobra, protecteur du pouvoir royal

L’un des serpents les plus reconnaissables de l’Égypte ancienne est le cobra dressé appelé uraeus.

Placée sur le front du roi ou de certaines divinités, cette figure est notamment associée à Wadjet, déesse protectrice de Basse-Égypte. L’uraeus représente à la fois la royauté et une puissance protectrice prête à frapper les ennemis. Des rangées de cobras dressés pouvaient également apparaître sur des sanctuaires afin de délimiter symboliquement un espace protégé.

Le serpent égyptien n’est donc pas simplement un symbole abstrait de « sagesse » ou d’« éternité ». Dans le cas de l’uraeus, sa fonction est beaucoup plus concrète : il protège le souverain et affirme son autorité.

Le Metropolitan Museum of Art conserve plusieurs exemples d’uraeus égyptiens associés à Wadjet et à la protection royale.

Cette dimension protectrice explique sans doute pourquoi le cobra apparaît avec autant de force dans l’iconographie royale égyptienne. Avec sa tête relevée et sa coiffe déployée, il ne donne pas exactement l’impression d’être là pour décorer.

En Grèce : le serpent d’Asclépios et la guérison

Statue en marbre blanc d'Asclépios, son bâton, et le serpent qui est son emblème

Le lien entre le serpent et la médecine est particulièrement visible dans le monde grec.

Asclépios, dieu de la médecine et de la guérison, est traditionnellement représenté avec un bâton autour duquel s’enroule un seul serpent. Ce motif est attesté dans l’Antiquité et reste aujourd’hui l’un des principaux emblèmes de la médecine. Des travaux consacrés à l’histoire de l’iconographie médicale font remonter l’association durable entre Asclépios et le serpent au moins au IVe siècle avant notre ère.

Attention à une confusion extrêmement fréquente : le bâton d’Asclépios n’est pas le caducée.

Le bâton d’Asclépios porte un serpent. Le caducée associé à Hermès comporte traditionnellement deux serpents et des ailes. L’usage moderne du caducée comme emblème médical, notamment aux États-Unis, résulte en grande partie d’une confusion relativement récente.

Cette association antique entre serpent et guérison a certainement contribué à faire du reptile un symbole moderne de régénération. Il faut néanmoins éviter d’en tirer une règle universelle : dans la mythologie grecque elle-même, tous les serpents ne sont pas symbole de soin.

Dans le cas d’Hermès

Dans la Bible : tentation, danger… et guérison

Le serpent biblique est un bon exemple de la difficulté à attribuer une seule signification à cet animal.

Dans le troisième chapitre de la Genèse, le serpent convainc la femme de manger le fruit de l’arbre interdit. Il devient donc une figure majeure de la transgression et de la tentation.

Mais une précision est importante : le texte de la Genèse ne dit pas que ce serpent est Satan. Il le présente comme un animal particulièrement rusé. L’identification entre le serpent du jardin et Satan appartient au développement ultérieur des traditions juives et surtout chrétiennes. Le livre de l’Apocalypse associera explicitement « l’antique serpent » au Diable et à Satan.

Et la Bible offre une autre image du serpent, beaucoup moins négative.

Dans le livre des Nombres (21, 4-9), les Israélites sont attaqués par des serpents. Dieu ordonne alors à Moïse de fabriquer un serpent de métal et de le placer sur un support. Ceux qui ont été mordus et regardent cette image survivent.

Le même objet, traditionnellement appelé Nehushtan, réapparaît plus tard dans le deuxième livre des Rois. Le roi Ézéchias le fait détruire parce qu’il est devenu un objet de culte auquel on brûle de l’encens.

Le serpent biblique peut ainsi être successivement dangereux, guérisseur et objet d’un culte condamné. Là encore, l’histoire est nettement plus intéressante que l’équation simpliste « serpent = mal ». Pour approfondir, cette étude du serpent de bronze offre une synthèse historique accompagnée de références académiques.

En Inde : les Nāga, serpents des eaux et du monde souterrain

Les traditions religieuses de l’Inde accordent également une place considérable aux êtres serpentiformes.

Les Nāga ne sont pas simplement des serpents ordinaires. Dans les traditions hindoues et bouddhiques, ils constituent une catégorie d’êtres surnaturels pouvant apparaître sous une forme humaine, serpentine ou hybride.

Ils entretiennent notamment un rapport étroit avec l’eau. Dans l’art ancien d’Asie du Sud, ils sont associés aux rivières, aux lacs et à des royaumes souterrains ou aquatiques. Certaines représentations montrent des rois Nāga entourés de corps ou de capuchons de serpents.

Cette relation avec l’eau contribue également à leur association avec la fertilité et l’abondance. Mais les Nāga ne sont pas uniformément bienveillants : leur puissance peut aussi être dangereuse. Leur intérêt vient justement de cette capacité à protéger ou menacer selon les récits.

Le Metropolitan Museum of Art consacre une synthèse récente aux divinités de la nature dans l’ancienne Asie du Sud et aux Nāga.

L’ouroboros : que signifie le serpent qui se mord la queue ?

Le serpent formant un cercle en tenant sa propre queue dans sa bouche est appelé ouroboros.

Le serpent, symbole d'un éternel recommencement

Son image est tellement familière qu’on lui attribue volontiers une signification unique : éternité, cycle sans fin, mort et renaissance, recommencement perpétuel.

L’histoire est pourtant plus compliquée.

Des représentations égyptiennes très anciennes montrent effectivement des serpents disposés en cercle, la queue rejoignant la bouche. Mais l’égyptologue Dana Michael Reemes a montré que les interpréter directement comme un symbole égyptien de « l’éternité » revient en partie à projeter sur ces images des significations développées beaucoup plus tard.

Dans certains contextes pharaoniques, ces serpents entourent et protègent plutôt une figure divine. L’idée selon laquelle le serpent qui se mord la queue signifierait essentiellement le temps cyclique ou l’éternité s’est construite progressivement dans l’Antiquité tardive puis dans les traditions européennes postérieures.

L’ouroboros joue en revanche un rôle particulièrement important dans l’alchimie gréco-égyptienne. Une célèbre représentation transmise dans les manuscrits de la Chrysopée de Cléopâtre associe le serpent circulaire à la formule grecque selon laquelle « l’Un est le Tout ». Le motif sert alors à penser l’unité de la matière et les processus de transformation.

L’ouroboros est donc bien devenu un symbole majeur du cycle, de l’unité et de la transformation. Mais toutes ces significations n’étaient pas nécessairement présentes dans ses premières représentations.

Jörmungandr : le serpent qui encercle Midgard

La mythologie nordique possède elle aussi son serpent gigantesque.

Jörmungandr, fils de Loki et de la géante Angrboða, est jeté dans l’océan qui entoure Midgard, le monde des humains. Il devient tellement grand qu’il enserre le monde et peut saisir sa propre queue.

Son adversaire principal est Thor. Plusieurs récits mettent les deux personnages face à face, notamment la célèbre partie de pêche pendant laquelle Thor parvient à faire sortir le serpent de l’océan.

Leur confrontation définitive doit avoir lieu lors du Ragnarök. Thor tue Jörmungandr, mais ne survit que quelques pas avant de succomber au venin du serpent.

La ressemblance entre Jörmungandr et l’ouroboros est évidente sur le plan visuel, mais il ne faut pas pour autant en faire exactement le même symbole. Dans les sources nordiques, Jörmungandr est d’abord une créature cosmique dangereuse dont la libération participe à l’effondrement de l’ordre du monde au Ragnarök.

Quetzalcoatl : le serpent couvert de plumes

Représentation colorée du Quatzalcoalt avec un temple inca en arrière-plan

De l’autre côté de l’Atlantique, le serpent occupe également une place majeure dans les cultures de Mésoamérique.

Quetzalcoatl signifie littéralement « serpent à plumes » en nahuatl. Il ne faut toutefois pas réduire cette figure à une seule fonction ou à une seule époque. Le serpent à plumes apparaît dans différentes cultures mésoaméricaines bien avant l’empire aztèque, notamment à Teotihuacan.

Une impressionnante architecture consacrée au serpent à plumes est ainsi édifiée à Teotihuacan aux premiers siècles de notre ère. Les sculptures montrent des têtes serpentines émergeant de façades monumentales et associées à un ensemble complexe de symboles terrestres, aquatiques et célestes.

Dans les traditions nahuas plus tardives, Quetzalcoatl devient une figure particulièrement complexe liée, selon les récits et les contextes, à la prêtrise, au savoir, au vent, à la création et à l’histoire mythique de Tollan.

Il vaut donc mieux parler des différentes traditions relatives à Quetzalcoatl que lui attribuer une définition unique du type « dieu de la sagesse ». L’historien des religions Davíd Carrasco a consacré un ouvrage entier à cette complexité.

Nüwa : une créatrice au corps de serpent

La mythologie et l’iconographie chinoises offrent encore une autre manière d’associer forme humaine et forme serpentine.

Nüwa est une ancienne divinité créatrice chinoise. Selon différentes traditions, elle crée les êtres humains ou répare le ciel après une catastrophe cosmique.

Dans l’art chinois ancien et médiéval, elle est fréquemment représentée avec un buste humain prolongé par une partie inférieure serpentiforme. Elle apparaît souvent avec Fuxi, autre figure civilisatrice. Leurs queues peuvent être entrelacées.

Un exemple remarquable conservé au British Museum montre Fuxi et Nüwa avec leurs corps serpentins entrelacés. L’iconographie de ce couple varie cependant beaucoup selon les régions et les périodes, raison supplémentaire pour éviter de lui attribuer une « signification du serpent » trop générale.

Pourquoi le serpent est-il associé à la transformation ?

Après ce petit tour du monde, une constante apparaît malgré tout : plusieurs traditions ont utilisé le serpent pour penser des changements d’état.

La mue fournit une image évidente du renouvellement. L’animal disparaît et réapparaît, vit parfois sous terre ou dans l’eau, peut donner la mort et se retrouve paradoxalement associé à la guérison. Certains grands serpents mythologiques occupent même les frontières du monde connu.

Mais il serait excessif d’en déduire que toutes les civilisations auraient spontanément reconnu dans le serpent le même « archétype universel ».

Une image ne signifie quelque chose que dans une culture, un récit et une époque précis. L’uraeus du pharaon, le serpent d’Asclépios, le serpent de la Genèse et Jörmungandr ont la même ligne générale. Leur rôle est loin d’être interchangeable pour autant.

C’est sans doute ce qui explique la longévité du motif : le serpent est suffisamment reconnaissable pour frapper immédiatement l’imagination, mais suffisamment ambigu pour raconter des histoires très différentes.

Que signifie porter un serpent en bijou ?

Aujourd’hui, porter un serpent en bijou n’oblige évidemment pas à adopter toute la théologie d’Asclépios ou à se préparer au Ragnarök.

Le motif peut être choisi pour son esthétique, pour son association personnelle avec le changement ou la guérison, pour une référence à une mythologie particulière, ou simplement parce qu’un serpent enroulé épouse particulièrement bien la forme d’un anneau.

Une bague en argent avec un serpent passée au doigt
Un anneau avec un serpent d'argent passant au dessous et au dessus d'un cabochon d'onyx. C'est Jörmungand entourant le monde

Chez Chevalier du Drac, plusieurs de nos bagues et anneaux utilisent justement cette forme.

Une bague serpent en argent 925 privilégie le motif animal lui-même. L’anneau viking représentant Jörmungandr quant à lui renvoie directement à la mythologie nordique.

Le choix du symbole appartient donc surtout à celui qui le porte. Deux personnes peuvent choisir exactement le même serpent et lui faire porter des significations opposées.

Questions fréquentes sur la symbolique du serpent

Le serpent est-il un symbole positif ou négatif ?

Ni l’un ni l’autre de manière universelle. Le cobra égyptien peut protéger le souverain, le serpent d’Asclépios accompagne la guérison, tandis que d’autres serpents incarnent un danger ou menacent l’ordre cosmique. La signification dépend du contexte culturel.

Pourquoi le serpent représente-t-il la médecine ?

Cette association vient principalement d’Asclépios, dieu grec de la médecine, représenté avec un bâton autour duquel s’enroule un serpent. Ce bâton à un seul serpent reste un symbole de la médecine moderne.

Quelle différence entre le caducée et le bâton d’Asclépios ?

Le bâton d’Asclépios comporte un serpent et est historiquement associé à la médecine. Le caducée d’Hermès possède généralement deux serpents et des ailes. Leur confusion comme symboles médicaux est relativement moderne.

Comment appelle-t-on le serpent qui se mord la queue ?

On l’appelle ouroboros. Le motif possède une histoire ancienne, mais son interprétation actuelle comme symbole de l’éternité, du cycle et du recommencement résulte d’une longue évolution historique plutôt que d’une signification égyptienne unique et immuable.

Un symbole qui change avec ceux qui le regardent

Serpent de bronze : bijou

Du cobra de Wadjet au serpent d’Asclépios, des Nāga à Jörmungandr, le serpent n’a jamais cessé d’être réinterprété.

Il protège autant qu’il menace. Il soigne dans certains récits et tue dans d’autres. Il peut encercler le monde, garder les eaux ou prendre place sur le front d’un roi. C’est précisément cette diversité qui fait sa force comme symbole.

Plutôt que de demander « que signifie le serpent ? », la question la plus juste est donc plutôt : quel serpent, dans quelle culture et à quelle époque ?

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Bibliographie et sources

  • Carrasco, Davíd, Quetzalcoatl and the Irony of Empire: Myths and Prophecies in the Aztec Tradition, édition révisée, University Press of Colorado, 2000.
  • Levine, Baruch A., Numbers 21–36: A New Translation with Introduction and Commentary, Anchor Bible 4A, Doubleday, 2000.
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  • Sarna, Nahum M., Genesis, JPS Torah Commentary, Jewish Publication Society, 1989.
  • Wilcox, Robert A. & Whitham, Emma M., « The Symbol of Modern Medicine: Why One Snake Is More Than Two », Annals of Internal Medicine, vol. 138, no 8, 2003, p. 673-677, doi: 10.7326/0003-4819-138-8-200304150-00016.
  • Wilkinson, Richard H., The Complete Gods and Goddesses of Ancient Egypt, Thames & Hudson.
  • Gautam, Harsha, « The Nature Deities of Early South Asia », Heilbrunn Timeline of Art History, Metropolitan Museum of Art, 2026.
  • Metropolitan Museum of Art, notices consacrées à l’uraeus, à Wadjet et au serpent à plumes de Teotihuacan.
  • British Museum, bannière funéraire représentant Fuxi et Nüwa aux corps serpentins entrelacés.

Cet article a été rédigé par un humain puis amélioré par IA. Il a ensuité été relu et corrigé par un humain.

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