Pour estimer le poids d’une cotte de mailles d’époque, la méthode la plus fiable n’est pas de partir d’une “moyenne trouvée sur Internet”, mais de combiner trois niveaux :
- le type exact de vêtement,
- les paramètres des anneaux,
- des pièces conservées servant d’étalons.
La règle de base
Le poids dépend surtout de quatre variables :
- surface couverte ;
- diamètre interne des anneaux ;
- épaisseur / section du métal ;
- choix de fabrication :
- anneaux rivetés,
- soudés,
- ou alternance rivetés + pleins.
Les études techniques sur les mailles médiévales montrent justement des variations de diamètre interne d’environ 5 à 7 mm pour certains exemplaires tardifs, des épaisseurs de fil souvent entre 0,8 et 1,8 mm, et un nombre total d’anneaux très variable selon le type de vêtement.
Méthode la plus sûre : partir d’un exemplaire conservé comparable
Pour estimer le poids d’une cotte de mailles, on dispose de quelques jalons utiles :
- Un haubert allemand du XVe siècle conservé au Metropolitan Museum mesure environ 77 cm de haut, 91 cm de large, poitrine 56 cm, avec des anneaux lourds à diamètre interne d’environ 6,1 mm et anneaux plus légers à environ 6,9 mm ; son poids enregistré est 5,698 kg.
- Une mail shirt allemande du XVe siècle au Met mesure environ 99,5 cm de long pour 83,9 cm de large. Le site ne donne pas son poids, mais ces dimensions permettent au moins une comparaison morphologique.
- Une mail shirt du Royal Armouries, plus tardive et non strictement médiévale, pèse 6,2 kg pour environ 73 cm de haut et 53 cm de poitrine, avec petits anneaux rivetés de 8 mm et d’autres de 10–12 mm. Donc, en pratique : si votre cotte a une coupe proche d’une pièce de musée dont le poids est connu, c’est le meilleur point de départ.
Méthode 2 : estimer par le nombre d’anneaux
Une étude technique sur plusieurs pièces du Wallace Collection a donné des ordres de grandeur utiles :
- une mail shirt à la taille avec anneaux d’environ 7 mm de diamètre interne et manches demi à longues tourne en moyenne autour de 28 685 anneaux ;
- des mailles plus fines, à 5–6 mm, demandent proportionnellement plus d’anneaux ;
- un exemplaire très serré montait à près de 150 000 anneaux.
Cela permet une estimation assez bonne :
- plus les anneaux sont petits, plus il en faut ;
- plus la coupe est longue (mi-cuisse, genou), plus le total grimpe très vite ;
- coiffe, moufles, chausses ajoutent énormément de masse.
Méthode 3 : calcul physique d’un anneau, puis multiplication
Si les cotes des anneaux sont connues, on peut estimer leur masse.

Pour un anneau en fil rond
Approximation utile :
m anneau ≈ρ×π( 2 d ) 2 ×π(D i +d)
avec :
- ρ = densité du fer/acier, environ 7,8 g/cm³ ;
- d = diamètre du fil ;
- D i = diamètre interne de l’anneau.
Puis :
M total ≈m anneau ×N
où N = nombre total d’anneaux.
Correction indispensable
Cette formule sous-estime ou surestime selon les cas si :
- les anneaux sont aplatis ;
- une rangée sur deux est en anneaux pleins poinçonnés ;
- les rivets ajoutent un peu de masse ;
- l’épaisseur varie entre le haut et le bas du vêtement.
Or l’étude Wallace montre justement que certains hauberts tardifs avaient des anneaux plus épais en haut et plus fins vers le bas pour réduire le poids tout en gardant de la protection sur les épaules et le haut du torse.
Ordres de grandeur raisonnables
À partir des pièces conservées et des paramètres techniques, on peut poser ceci :
- camail / coiffe : souvent autour de 1 à 2 kg selon couverture et densité — estimation prudente par extrapolation à partir des dimensions d’anneaux et des poids de vêtements complets.
- haubergeon court : souvent autour de 5 à 7 kg pour des exemples serrés comparables aux pièces de musée conservées.
- haubert long à manches longues : souvent davantage, typiquement au-dessus d’un haubergeon court ; une fourchette d’environ 8 à 12 kg est une inférence raisonnable, pas une pesée directe unique, dès qu’on ajoute longueur, manches complètes et parfois renforts. Cette inférence repose sur la croissance de surface couverte et du nombre d’anneaux documentée par les études techniques.
À noter : la fourchette 8–12 kg pour un grand haubert médiéval est une reconstruction analytique constituée à partir de plusieurs sources. Il ne s’agit pas d’un chiffre universel issu d’une source unique.
La meilleure procédure concrète
Pour estimer une cotte précise, la procédure peut être la suivante :
- Définir la coupe : haubergeon, haubert mi-cuisse, avec ou sans manches longues, avec ou sans coiffe.
- Mesurer un panneau réel ou reconstitué par exemple un rectangle de 10 × 10 cm.
- Compter les anneaux dans ce carré puis peser, si possible, ce carré.
- Calculer la masse surfacique ex. 1,2 kg/m², 1,8 kg/m², etc.
- Estimer la surface totale du vêtement torse + dos + manches + fentes éventuelles.
- Ajouter une marge de 5 à 15 % pour bordures, rivets, renforts, superpositions locales.
Cette méthode est souvent meilleure qu’un calcul théorique pur, parce qu’elle intègre immédiatement :
- la vraie géométrie des anneaux,
- l’aplatissement, les rivets,
- la densité réelle du tissage.
En un mot comme en cent
Pour estimer le poids d’une cotte de mailles d’époque, il faut raisonner par type de vêtement + taille des anneaux + nombre d’anneaux + comparaison avec des pièces conservées. Les références de musée montrent qu’une maille courte peut tourner autour de 5,7 à 6,2 kg, tandis qu’un haubert long médiéval complet sera logiquement plus lourd.
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